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Réduire le Kyudô à un sport ou à un simple passe-temps, c'est perdre l'essentiel de sa signification et négliger une possibilité d'approcher différemment chaque instant du quotidien. Jadis utilisés dans des situations critiques où l'existence ne tenait qu'à un geste, les Arts Martiaux ont imposés à ceux qui les pratiquaient un dépassement des techniques et un approfondissement constant du sens de la vie et de la mort. Cependant, bien que leur usage à des fins brutales et définitives soit rare de nos jours, il est néanmoins possible de recréer, dans le dojô, les conditions qui permettent de comprendre la philosophie dont ils sont imprégnés. Leur pratique permet alors de développer la lucidité, la sérénité et l'énergie que réclame l'époque difficile que nous vivons. En deux mots, elle nous aide à rester zen.
Le Kyudô tel que nous le pratiquons requiert constance et abnégation et nous apprend, hors de tout esprit de compétition, l'action sans agressivité. Les "dan" n'étant pas utilisés comme points de références, il apparaît parfois décourageant de se trouver dans l'impossibilité de se situer et d'évaluer ses progrès. Cette absence de repères est voulue; elle incite à la libération de l'esprit, elle aide à nous déprendre de nos certitudes et des images que nous créons de nous-mêmes. Elle pousse à rechercher l'harmonie et non l'exploit et permet de créer une ambiance de travail qui favorise le libre épanouissement de chacun. L'enseignant ne juge ni ne critique et, en principe, il parle peu. Il aide à dénouer les nœuds physiques et psychiques qui souvent empêchent d'atteindre l'équilibre intérieur. " L'Art est long et la vie brève " affirme le dicton. Cela est particulièrement vrai pour le Kyudô qu'il faut parfois pratiquer longtemps avant d'en éprouver les bienfaits attendus. De plus, le matériel requis est onéreux. Mais un autre aspect de la situation doit aussi être pris en compte avant tout engagement. L'un des plus vieux livres de l'humanité, le Y-King, l'explique très bien :
" Quelle que soit la diversité que les dispositions et l'éducation font régner entre les hommes, la nature humaine dans son fond est la même chez tous. Et tout homme peut, au cours de sa formation, puiser à la fontaine intarissable de la nature divine qui est l'essence de l'homme. Mais là encore deux dangers menacent : le premier est que l'homme ne pénètre pas au cours de sa formation, jusqu'aux vraies racines de l'humanité, mais demeure pris dans les conventions - une formation pareille est aussi mauvaise que l'absence de formation  - le second, que l'on ne s'effondre brusquement en abandonnant la formation de son être " .
Il est donc important que le candidat, avant de s'engager, mesure avec justesse sa force, sa patience et sa ténacité.
Nota: Un malentendu persistant m’incite à préciser, avec la dernière énergie, que je n’appartiens ni de près ni de loin à une secte ou à une religion. J’ai appris la pratique du Kyudô suivant les techniques de l’école Heki-Ryu Bishu Chikurin-ha et cela n’a rien à voir avec un «engagement spirituel» qui, s’il veut être authentique et humain, ne peut se situer - à mon sens - qu’au-delà des croyances et de leurs rituels, des castes, des politiques et des discriminations, en bref de tout ce qui sépare.
Christina Chapallaz
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